L’art in situ en histoire des arts

Il est attendu des élèves évalués en histoire des arts au sujet de l’art in situ qu’ils sachent expliquer ce qu’est l’art in situ en s’appuyant sur certaines des œuvres vues en cours. La principale question à laquelle il faut donc se préparer -car elle sera inévitablement posée par le jury- est : « En quoi cette oeuvre est-elle in situ ? »

Au cours du XXème siècle, les artistes ont repoussé de nombreuses frontières de l’art (ils ne sont plus obligés de peindre de façon réaliste, ils ont gagné la possibilité d’utiliser toutes sortes de matériaux etc.) au point que l’on a pu se demander parfois s’il restait encore quelque chose à inventer. Vers le milieu des années 1960, Daniel Buren s’aperçoit que l’on sous-estime beaucoup l’importance du contexte dans lequel une œuvre est montrée. La même peinture peut signifier des choses très différentes suivant le lieu et la façon dont on l’expose (ex : un dessin de crocodile sur un tee-shirt d’enfant ne ferait pas le même effet sur le pull d’un chef d’État). Daniel Buren en tire les conséquences en inventant l’expression d’œuvre « in situ » qualifiant des œuvres réalisées dans un lieu et pour ce lieu.

A partir de là, ses œuvres sont généralement indissociables d’un lieu car elles composent avec ce lieu. Et comme Daniel Buren a réduit sa palette à de simples bandes verticales colorées, il devient très clair que ce qui compte c’est la façon dont il les place dans un lieu pour révéler des caractéristiques de ce lieu, changer le regard que l’on porte sur ce lieu. Il serait absurde de juger les bandes verticales seules. Dans la première photo, malgré le fait que nous ne sommes pas sur place, on peut imaginer quelle couleur du lieu résonne avec le vert des bandes et comment elles soulignent les flux de l’air, de l’eau tout en accompagnant le flux des passants…

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Dans la deuxième photo ci-dessous (une vue des Deux plateaux, 1986, au Palais-Royal à Paris) il est aisé de repérer au moins un élément de l’architecture auquel l’œuvre de Buren s’accorde… Les colonnes de Buren s’enfoncent plus ou moins dans le sol et une rivière souterraine fait partie de l’œuvre.

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Dans les deux photos suivantes – La montée de la couleur et la cascade de la couleur, 1996, en Allemagne- Buren attire notre regard sur un autre lieu plutôt incongru pour une œuvre d’art et il joue beaucoup avec le point de vue. Selon que l’on monte ou que l’on descende ces escaliers mécaniques, selon le moment aussi, on ne voit pas du tout la même chose.

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Ci-dessous, ces dessins collés dans des cabines téléphoniques sont de Ernest Pignon-Ernest. Né en 1942, il travaille aussi généralement in situ (aujourd’hui on pourrait parler à son propos de « street art »). Ces personnages réalistes sont dessinés à l’échelle 1 mais on voit que le but n’est pas de faire un trompe-l’oeil puisqu’ils sont en noir et blanc. Ce noir et blanc très contrasté accentue l’impression de gravité qui se dégage des pauses des personnages dans ces cellules de verre à vocation de communication. Témoignage d’une certaine condition humaine ? Et vous, d’après ces reproductions (car il faut être sur place pour pouvoir vraiment apprécier) comment comprenez-vous ces œuvres ? Et en quoi sont-elles « in situ » ?

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Les deux photos suivantes reproduisent une peinture abstraite de George Rousse en anamorphose.

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Les deux images suivantes sont des captures d’écran du film dont nous avons vu des extraits en classe, Rivers and tides de Thomas Riedelsheimer (2004), sur l’artiste Andy Goldsworthy qui est un représentant du Land art. On y voit une petite installation qu’il vient de réaliser avec des éléments trouvés sur place : des morceaux de glace (fixés par le gel), une pierre inclinée, un arrière-plan en contre-jour… Et une autre installation éphémère ( c’est à dire de courte durée, qui va disparaitre) d’Andy Goldsworthy réalisée avec des feuilles mortes disposées par couleur dans une flaque d’eau.

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L’avant dernière image est de Francis Alÿs et utilise des affiches politiques ainsi que le courant d’air d’une aération de métro. Cette action in situ a été réalisée un jour d’élections à Mexico en 1994. Comment l’interprétez-vous ?

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La dernière image montre un graffiti (peinture blanche et pochoir noir) de Banksy. Il est lui aussi constamment attentif aux spécificités des lieux dans lesquels il intervient. Il pratique ici le « détournement ». Une œuvre in situ n’est pas toujours une forme de détournement du lieu : souvent l’œuvre paraît plutôt « accompagner » harmonieusement le lieu. Mais la dimension critique du travail de Banksy est particulièrement explicite.

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