Le cinéma de Jean-Luc Godard

L’épreuve :
Lors de l’épreuve orale, les élèves seront invités à présenter le cinéma de Godard en général (ce qu’il a apporté d’original) en s’appuyant sur le ou les extraits de leur choix. « S’appuyer », c’est-à-dire ne pas se contenter d’idées en l’air mais être capable d’expliquer un extrait en montrant des choses concrètes comme les effets de montage, de couleurs, de bande son etc. Le jury peut de son côté compléter l’échange par des questions portant sur la vidéo d’introduction comme sur les extraits. Le jury n’attend jamais du candidat qu’il ait « tout compris », cela n’aurait pas de sens face à une oeuvre d’art. Il valorise aussi ce moment précieux où l’élève exprime une pensée personnelle, en rapport avec l’œuvre.
VIDEO D’INTRODUCTION AU CINEMA DE JEAN-LUC GODARD.
J’ai fait ce montage à partir de documents divers pour vous présenter son cinéma d’une façon -je l’espère- simple et intéressante. Il vous fera découvrir les principales originalités de son œuvre.

Conseil : Goûtez à cette « poésie », picorez au gré de votre curiosité… Et aidez-vous de ces questions-guides.
1/ En quelques mots, qu’est-ce que la nouvelle vague ? A la fin des années 1950, qu’a-t-elle apporté de nouveau au cinéma ? (type de tournage, ton général, acteurs…)
2/ Percevez-vous l’originalité du « montage » chez Godard ? Donnez au moins un exemple original de sa façon d’assembler les plans ou de relier deux séquences…
3/ Que dire de ses acteurs ? qu’attend-il d’eux ?
4/ Après la nouvelle vague, quels événements politiques vont pousser Godard à renouveler encore sa façon de faire des films ?
5/ Que dire de la qualité de ses images, de sa façon de cadrer ? Un exemple ?
6/ En quoi les bandes son de Godard sont originales ? Des exemples ? (décalages avec l’image, musiques, dialogues, voix off…)

(lien direct vers le fichier vidéo)

 

 

EXTRAITS POUR L’EPREUVE
Voici les extraits étudiés en classe et parmi lesquels vous choisirez pour l’oral. Un ou deux suffiront. Le but sera de bien les expliquer tant au niveau de l’histoire (ce que font les personnages) qu’au niveau « cinéma » (montage, type de plans – gros plan en plongée par exemple -, couleurs, bande son…). Vous évoquerez aussi le ou les thèmes de l’extrait et son sens. Vous n’oublierez pas de présentez Jean-Luc Godard plus généralement : ce qu’il a fait d’original au cinéma.

Conseil : regardez, écoutez attentivement, remarquez des choses et rappelez-vous simplement de ce à quoi cela vous fait penser. Ressentir et comprendre, oui, mais pas tout car c’est impossible.

Extrait 1, Pierrot le fou, 1965 (télécharger)
Avec Anna Karina et Jean-Paul Belmondo.

– Au début, le style des dialogues est classique ou au contraire très réaliste et familier ? Est-il dans le style de la nouvelle vague ?
– Mais à la fin les personnages s’expriment en « voix off » : quel genre littéraire utilisent-ils ?
– Que se passe-t-il d’étrange avec la bande son ? On dirait même des erreurs grossières… Godard veut-il qu’on la remarque ? Et quand Belmondo se retourne, à qui s’adresse-t-il ? Quel effet tout cela produit sur les spectateurs jusqu’ici plongés dans l’histoire ?
– Quels sont les principaux thèmes de l’extrait ? L’amour, la folie et la liberté sont exprimés comment ? Séparément ou plutôt mélangés ?
– Vers la fin, quelle couleur envahit l’écran ?
– Et vous, que préférez-vous dans cet extrait et savez-vous pourquoi ? (question sans réponse obligée pouvant être posée pour chaque extrait)

Extrait 2, Deux ou troischoses que je sais d’elle, 1966 (télécharger)

La voix off chuchotée par Godard lui-même (est-ce habituel d’ailleurs qu’un cinéaste s’adresse directement au spectateur ?) souhaite des rapports harmonieux entre les hommes et les choses. Voyez-vous toutes les coïncidences, les « rimes » de cet extrait ? Où retrouve-t-on les couleurs des vêtements de l’actrice ? Où lit-on l’heure ? Dans ce passage ou l’histoire est en pause (l’actrice attend dans une station service), la caméra flâne en faisant des liens (pull rouge-capot, reflet du capot-feuillage, heures-litres) : plutôt que de raconter une histoire, Godard ne fait-il pas de la « poésie » avec les images ? En voix off, Godard réussit-il finalement à parler en même temps de Juliette et des feuillages ?

Extrait 3, For ever Mozart, 1996 (télécharger)

– Les deux premiers plans ont-ils des cadrages originaux ? Les personnages principaux (l’actrice et le réalisateur) ne sont bizarrement pas beaucoup mis en valeur : sur les côtés, mélangés aux personnages secondaires dans des images compliquées où la lumière filtre par de petits espaces… Au contraire, les cadrages de l’actrice en train de dire « oui » la placent simplement au centre: n’est-ce pas une façon de focaliser l’attention sur elle pour nous faire ressentir ses efforts ?
L’ambiance de l’extrait est de plus en plus tendue (malgré de l’humour par moments), puis se détend d’un coup avec l’actrice qui sourit. Qu’est-ce qui nous fait sentir ce changement dans la bande son et dans l’image ? Quel bruit accompagnait la partie « tendue », quelle sorte de musique, quels mouvements et expressions ? Pour exprimer la détente finale, que deviennent le vent, la musique et l’image ?
– Le personnage du réalisateur demande à l’actrice de dire simplement « oui ». Quels sont les deux moments où elle réussit à le dire comme le souhaite le réalisateur ? Pourquoi le dit elle bien ? N’est-ce pas justement ce que Godard demande en général à ses acteurs ? (dans la partie sur les acteurs de la vidéo d’introduction)

POUR CONCLURE
Dans les films habituels, les réalisateurs cherchent à nous plonger dans une histoire. L’histoire est alors racontée bien dans l’ordre et tous les éléments du cinéma expriment la même chose en même temps : par exemple l’image montre une explosion, le son fait « boum », la musique fait peur et un personnage crie « couchez-vous! » au même moment. Au contraire, Godard ne cherche pas beaucoup à raconter une histoire, ni qu’on « s’y croie » : ses montages font souvent de nombreux décalages entre le son et l’image pour créer finalement une sorte de « poésie ». Il est normal de ne pas tout comprendre : on saisit des choses et on en laisse d’autres de côté. (exemple de phrase difficile que l’on a laissée de côté en cours : celle que dit le réalisateur dans l’extrait 3 quand il retourne la caméra)

Aujourd’hui, Godard vient d’être récompensé par un Oscar d’honneur à Hollywood (pour « la passion, le défi et la création d’un nouveau type de cinéma ») qu’il n’est pas allé récupérer. Il sort à 84 ans son premier film en 3D… la vie continue !
Je vous souhaite de bons visionnages,
M. de Manassein

P-S : si vous ressentez le besoin d’avoir vu au moins un film en entier – ce qui n’est pas nécessaire pour l’épreuve – je vous conseille A bout de souffle, le premier long métrage de Jean-Luc Godard et l’un des plus faciles d’accès. Pour les parents qui souhaiteraient lire une présentation plus « institutionnelle » de Godard, lire celle du Musée du centre Pompidou (mais c’est alors parfaitement inutile pour l’épreuve…).

En BONUS, voici un hommage de Godard au cinéma italien extrait des Histoire(s) du cinéma :

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